Chant et mariage

dn8Alexandra avait décidé, en 1892, de devenir indépendante en logeant, contre l’avis de ses parents, à la « Société Théosophique » de Paris. Il lui fallut alors travailler. Alexandra avait suivit des cours de chant au conservatoire de Bruxelles et obtint le premier prix de chant théâtral lyrique français en 1889, à peine majeure. Elle gagna sa vie dans une carrière artistique qui dura plus de 10 années : 1893 à 1902. Sous les pseudonymes de « Alexandra David », puis de « Alexandra Myrial » elle obtint des engagements dans différents théâtres de province, d’Europe, d’Indochine et d’Afrique du nord. Chanteuse lyrique, Alexandra commença sa carrière en Belgique, à Paris, puis partit dans un tour de chant au Tonkin, le Vietnam d’aujourd’hui, et plus particulièrement à Hanoï et Haïphong.

Alexandra CantatriceElle interpréta, avec succès sur les diverses scènes où elle se produisait : Marguerite dans Faust de Gounod, Mireille de Massenet et bien d’autres rôles… De retour d’Indochine où elle avait chanté entre 1895 et 1896, Mademoiselle Myrial connut un grand succès et même, les honneurs de la presse, elle se produisit de nouveau dans plusieurs villes de province française. Ce qu’elle souhaitait, à présent, c’était augmenter son répertoire et, après « Lakmé » de Délibès, chanter « Manon ». Si Mademoiselle Myrial connut le succès en interprétant « Manon », elle était aussi très applaudie dans différents autres rôles, dont celui de « Carmen » de Bizet.


Alexandra continua son tour de chant en passant par Athène : 

Alexandraz CantatriceLa saison théâtrale terminée, Mademoiselle Myrial quitta Athènes et regagna Paris : 

Alexandra Cantatrice
1900… Fin d’un siècle et ébauche de la future « Mme David-Néel ». A Tunis où elle débarqua en août 1900, elle désirait, parallèlement à son travail de cantatrice, étudier divers aspects de la vie des tunisiens en vue d’articles à produire pour divers journaux. Le métier de « Diva » la décevant, il lui fallut se reconvertir et l’écriture était bien un domaine qui l’enthousiasmait. Elle désirait quitter sa carrière de chanteuse dont la réputation sulfureuse lui déplaisait pour devenir « prosatrice ».

A peine débarquée à Tunis, le hasard la mit en relation avec Philippe Néel, né d’un père émigré de l’île de Jersey et d’une mère arlésienne installés dans le Gard. Philippe Néel était un homme particulier qui lui plut immédiatement.

dn14Rapidement elle le surnomma « Allouch », c’est à dire « mouton » ou « agneau » en arabe, puis « Mouchy », un diminutif de « Mamamouchy ».

Philippe Néel, ingénieur des chemins de fer tunisiensIngénieur des chemins de fer tunisiens, il fit de la farouche Alexandra sa maîtresse officielle.

Philippe NéelAlors que Philippe et Alexandra emménageaient dans une vie commune à « La Mousmée », une superbe maison arabe de la Goulette, elle décida de mettre fin à sa carrière artistique en 1902.

Philippe NéelDésireuse de gagner son propre argent et de rester indépendante dans leur union libre, elle tenta d’entamer une carrière littéraire en plus de celle, journalistique, qu’elle pratiquait depuis quelques années en publiant en particulier à « La Fronde », « Le Mercure de France », « l’Etoile Socialiste »… Alexandra tenta une carrière d’écrivain avec deux romans qui ne trouvèrent pas d’éditeur, « Le Grand Art » et « Dans la vie, journal de femmes modernes ».

Alexandra devant son bureau dans sa maison de Tunisdn21

Comment doit-on prononcer le nom de « Néel » ? Le nom de naissance d’Alexandra était « Louise, Eugénie, Alexandrine, Marie DAVID ». Quant au NEEL ajouté à son patronyme pour constituer son pseudonyme définitif, c’était celui de son mari, Philippe Néel, lui-même né dans le Gard. Alexandra explique elle-même ce qu’elle désire : « 18 mars 1935 : La prononciation correcte est Néel et le nom s’écrivait ainsi autrefois. La famille tire son origine de Jean Néel, le vieux compagnon d’armes du Comte de Normandie, Guillaume le Conquérant, qui fut anobli par lui comme vicomte de Saint-Sauveur, au XIème siècle. Plus tard, la famille embrassa le protestantisme et, après la révocation de l’Edit de Nantes, plusieurs de ses membres émigrèrent en Angleterre pour fuir les persécutions religieuses. Là, le nom finit par être écrit sans l’accent sur l’e et être prononcé à la façon anglaise : « Nil ». Quant à moi, j’écris Neel sans accent mais je prononce « Nèl ».

 

 

dn36dn161904, Alexandra avait presque trente-six ans lorsque la féministe convaincue obtint le mariage. Le père d’Alexandra décéda six mois après.

dn38Alexandra n’était pas faite pour tenir le rôle de femme au foyer et elle continua à voyager à travers l’Europe et à écrire articles et manuscrits.

Durant les première années de mariage, elle réussit à faire publier deux livres traitant de philosophes chinois, Yang Tchou et Mo Tse. Ces livres n’ayant pas le succès escompté, Alexandra dut continuer à accepter l’aide financière de son mari, celle-ci dura du mariage jusqu’au retour de Lhassa… Alexandra et Philippe durent faire face, chacun, au fort caractère de l’autre. Elle ne désirait pas d’enfant et la vie maritale qu’elle découvrait lui pesa jusqu’à la mener dans une profonde dépression, sa récurrente neurasthénie. Philippe Néel comprit finalement que le démon des voyages torturait sa singulière épouse. Les petites croisières à bord de son voilier baptisé « l’Hirondelle » ne lui suffisaient pas, ainsi que ses nombreux voyages dans l’Afrique du nord, en France ou dans l’Europe. Il lui fallait une plus grande liberté, outre celle que son mari lui laissait déjà, afin de se refaire une santé et retrouver la joie de vivre. Philippe lui proposa un beau voyage en Asie, occasion qu’Alexandra saisit rapidement pour affiner ses études orientalistes et revenir avec assez de matière pour écrire des livres. Elle en était persuadée : elle réussirait à gagner de l’argent en publiant ses écrits et, surtout, elle pourrait s’immerger à nouveau dans les philosophies orientales et les savourer tant qu’il lui serait possible…

L'Hirondelle, voilier de Philippe Néel

L’Hirondelle, voilier de Philippe Néel