14 ans en Asie

Alexandra sur un Rickshaw en Indedn70Août 1911, cette date marqua la plus grande aventure d’Alexandra David-Néel. Au port de Marseille, elle prit place à bord du Mashima Maru, un paquebot en partance pour l’Inde et débarqua sur l’île de Ceylan, à Colombo. Alexandra avait déjà visité les Indes 20 ans auparavant. De la ville portuaire, elle avait gardé un souvenir émouvant mais, comme partout ailleurs, tout avait changé depuis son dernier périple. Partout le progrès avait laissé son empreinte. Malgré cela, le peuple indien restait égal à lui-même et elle put se plonger dans l’étude des Védas en compagnie de pandits et autres sages indiens.

 

Alexandra sur un cheval, IndeAlexandra avait fait à Philippe la promesse d’un retour au bout de 18 mois, son mari ne la revit que 14 années plus tard, en 1925. Ce qu’Alexandra venait chercher en Inde était précisément d’ordre religieux. Elle désirait étudier les textes sacrés dans leur version originale, forte de ses connaissances poussées en Sanskrit qu’elle avait étudié à Paris auprès du professeur Sylvain Levi. Après avoir fait le tour de Ceylan, elle débarqua sur le continent et commença une remontée vers le nord. Elle fit un séjour à Anurâdhapura afin d’aller méditer sous le Bo-Tree, un ficus, rejeton de l’arbre sous lequel le Bouddha avait atteint l’éveil. Au passage, elle rencontra Aurobindo Gosh, un philosophe de renom exilé à Pondichéry. 

 

Bashkarananda, premier maître Indien d'AlexandraPartout Alexandra étonna les sages par son savoir et sa compréhension des textes sacrés. Elle les lisait dans la langue des anciens et laissa pantois les saddhus et autres Brahmanes qu’elle rencontrait. Remontant toujours plus au nord, Alexandra fut invitée chez le grand poète Rabindranath Tagore. Le palais de ce grand personnage imprima une grande émotion dans l’âme de l’aventurière.

 

Alexandra David NéelAprès avoir remonté l’Inde, elle se décida, en 1912, d’aller visiter le Sikkim, petit pays situé aux pieds des Himalayas à la frontière du Tibet. Quittant les lourdes chaleurs des plaines, elle s’engagea vers des hauteurs plus salutaires des cimes Himalayennes. Grâce au petit train local, le mythique « Toy Train », elle arriva à Dargeeling. « Départ pour Darjeeling à 5h.1/2 soir. Je suis souffrante d’une violente crise de ventre. Je m’écrase un doigt entre la vitre et la persienne de la portière, la douleur me fait évanouir. Je suis ensuite prise de vomissements. Plus tard je prends la sonnette d’alarme placée dans les W.C. pour le cordon à tirer l’eau. Je n’ai pas tiré très fort, heureusement. Le train ne s’arrête pas. Dans la nuit on ne distingue pas le paysage au passage de la rivière. Celle-ci a l’air très large. Avec le gros phare électrique on se dirait dans le canal de Suez. Arrivée à Siliguri à 6h. du matin : La montée par le petit chemin de fer de montagne est fort belle, surtout dans la seconde moitié. Je vois les bannières à prière flotter partout. Les figures des naturels sont purement mongoliques. On est loin de l’Inde Aryenne. Dommage que je sois si fatiguée. »

 

Sidkeong Tulku, maharaja du SikkimElle y fit la connaissance du fils du Maharaja, le prince Sidkeong Tulku qui aussitôt se prit d’amitié pour elle. Il vit rapidement en Alexandra celle qui l’aiderait à réformer le bouddhisme dans son pays, religion alors trop empreinte de superstition et trop éloignée des enseignements du Bouddha. Sidkeong apparu à Alexandra comme un jeune homme de 33 ans, intelligent et à l’esprit aiguisé. Il avait passé une bonne partie de son existence dans les écoles occidentales et en avait rapporté les manières et les idées. Ses conversation de fin lettré l’enchantèrent et elle passa beaucoup de temps à ses côtés au cours de longues excursions dans l’arrière pays.

 

Sidkeong Tulku, maharaja du Sikkimdn52Alexandra acheta rapidement des tentes de campement, un matériel adéquat et le prince lui fit visiter son pays.
Ce fut ainsi qu’elle découvrit des paysages qui l’ensorcelèrent immédiatement dans leur immensité majestueuse et qui lièrent son cœur définitivement aux sommets Himalayens :
 «  mardi : De Cheungtong à Singhik 14 miles, à peu près 7 heures de route, pluie par instant, soleil, en somme belle journée. Le soir, du bungalow le spectacle féerique, un large arc en ciel descend à l’ouest sur une cime neigeuse. Pourtant il ne pleut pas et le ciel est couché. C’est d’un effet très étrange. A l’est, d’étonnants jeux de nuages parmi les montagnes. Des neiges aussi à l’arrière plan et clarté lunaire, mais on ne voit pas de lune au ciel. Tout baigne dans une lumière étrange. La première étoile scintille. Rêve, rêve, pays de rêve ! En route, avant d’arriver à Toung, la Samâdhi m’envahit tandis que je suis à cheval. Je ne sens plus mon corps. J’ai assez de lucidité pour avoir envie de descendre, ne me sentant plus apte à guider mon cheval, mais je continue… Après Toung l’effet se dissipe et je me rappelle qu’en venant j’avais éprouvé la même chose subitement à mon arrivée au bungalow. Curieux !

dn255a2mercredi : De Singhik à Dokshu 11 miles très chaud. Tremblement de terre, courte secousse à mon arrivée au bungalow. Le soir je vais m’asseoir au dehors à regarder les mouches lumineuses. Comme l’on comprend dans cette jungle chaude pleine de cris d’insectes, de vie acharnée, les rêves des yogis, les fantasmagories des nuits sous l’arbre de la Bodhi, comme je les vois et les sens toutes ces images de fièvre de vie et de destruction ! A moi, aussi, il me semble qu’il va m’arriver ou arriver quelque chose. Peut-être mon cerveau est-il trop occidental pour que le « déclenchement » se fasse et que quelque chose arrive. Mais le quelque chose n’est il pas peut être déjà arrivé ? Oh ! La joie d’être là, seule perdue, inconnue. Ivresse de la solitude. « 

 

Campement d'Alexandra à Tangu La devant le KangchenjungaA dos de Yak, Alexandra rencontra nombre de personnages intéressants et en particulier le treizième Dalaï Lama qui, enthousiasmé, lui proposa d’apprendre le tibétain afin de mieux comprendre les écrits religieux dans le texte d’origine. il lui proposa aussi de rester en contact et de correspondre. Elle lui poserait ses questions par écrit et lui répondrait… Ce qu’il fit invariablement. Alexandra était la première et probablement seule femme occidentale qu’il accepta de rencontrer.

dn63Repartant pour quelques promenades, elle commençait à trouver de l’assurance, juchée sur son cheval. Elle parti ainsi pour de longues excursions sur les chemins boueux ou rocailleux du Sikkim en compagnie de Sidkeong Tulku. « mardi 13 août. Impressions : Dans le soir des chacals hurlent et glapissent tout proche. Il est 7 heure, au temple on sonne les clochettes, tape sur les gongs et les cymbales. Au palais les grandes trompettes font entendre leur son grave. Mon hôte vient de saisir son violon et joue un air occidental… Tous les chiens aboient aux chacals. La nuit est tiède avec des étoiles timides clignotant parmi la brume… Oh ! Shiva ! »

dn61Arrivée à la frontière sud du Tibet, un frisson délicieux parcourut son échine. Elle se trouvait au carrefour d’une route menant vers Lhassa. Le résident britannique lui ayant refusé le droit de traverser cette frontière interdite, elle fit demi-tour mais se jura qu’un jour elle irait « là-bas »…

 

Alexandra, Sidkeong Tulku et Yongden au SikkimRevenant vers les Indes, Alexandra se décida pour un périple au Népal alors interdit aux étrangers. Le Maharaja, Chandra Shum Sher, accueillit avec joie cette bouddhiste blanche à l’esprit tellement oriental. Elle arriva ainsi à Katmandou, éclairée par une lune blafarde et pleine, allongée sur un lit à porteur. Cette manière de voyager ne lui plaisait pas mais elle devait se soumettre au protocole.

 

Shandra Shum Sher, maharaja du NépalPour ce pèlerinage aux sources même du bouddhisme, le maharaja du Népal lui apporta son aide, lui fit quelques présents somptueux et mit à sa disposition une caravane d’éléphants. Alexandra put ainsi visiter les lieux sacrés tel Lumbini où le Bouddha était né et beaucoup d’autres endroits laissés à l’abandon mais chargés en émotions. Elle explora le Téraï et ses jungles inextricables peuplées de tigres. C’est d’ailleurs au cœur de cette forêt profonde qu’Alexandra s’installa seule pour méditer. Entendant un bruit léger de pas feutrés, elle ouvrit les yeux et vit un tigre qui la scrutait. Stoïque, elle ferma ses yeux, s’attendant à être dévorée d’un instant à l’autre… le temps passant, elle décida d’ouvrir à nouveau son regard au monde et vit que le fauve avait disparu… L’aventurière avait-elle maté le matou ou les déités de la forêt l’avaient-elles protégée ? «  samedi 16 novembre : Budhgaya. Le matin été à l’ancien site d’Uruvila appelé Ouréla et au bord de la Néranjara. Méditations à la nuit sous le Bo-tree. Le sujet qui m’est venu spontanément est le Bouddha, après avoir quitté Gaya, rencontrant l’ascète sur la route et lui disant : Je suis un Jina. Puis la même affirmation à Isipatana et la parole « Je suis délivré de tous les liens humains et divins et vous aussi, disciples, vous êtes délivrés de tous les liens »… Etre un Jina c’est peut-être simplement savoir qu’on en est un. C’est en soi que la transformation doit se produire et je suis un Jina, si j’ose l’être. « 

 

Népal, escorte d'éléphants d'AlexandraElle quitta le Népal en début 1913.  Alexandra écrivit sur l’un de ses carnets intimes : « Les vrais pèlerinages, les seuls sont ceux que l’on accomplit dans le silence et le secret de son esprit. j’ai voulu voir le pays du Bouddha mais combien différente est la contrée de ce qu’elle était de son temps !  Contemporain de son époque, il ne reste que les étoiles au ciel, le soleil qui se couche embrumé et rouge sur la plaine immense, la lune pâle et je les regarde songeant que ses yeux à lui se sont levés vers eux… Avec quelles pensées !…« 

 

Chaises à porteur au NépalDe retour du Népal, Alexandra fit un petit séjour à Bénarès. Les 18 mois d’aventure devaient bientôt prendre fin et cela la terrorisa.  » Les dernière lettres reçues de Tunis me faisaient pressentir que la fin du rêve approchait. Dans celle reçue aujourd’hui N. annonce son intention de se retirer en juin 1914. Il faut ou rentrer ou tout quitter. Je vais quitter Bénarès, renoncer à un plus long séjour dans l’Inde et prendre le chemin du retour. J’espère que ce chemin pourra être le grand tour… » Son mari lui demanda de rentrer mais elle finit par le faire plier et Philippe accepta de mauvaise grâce que son étonnante épouse reste encore quelque temps en Asie. Les subventions allouées par le ministère étant terminées, il accepta d’envoyer régulièrement de l’argent à sa femme.

dn104aSoulagée de pouvoir continuer son périple, Alexandra retourna au Sikkim et retrouva Sidkéong Tulku qui mit à sa disposition un jeune moine de 14 ans, Aphur Yongden, qui deviendrait par la suite son fils adoptif.dn297

 

 
 Yongden à 14 ansdn50En 1914, sur la frontière nord, proche du Tibet, elle s’exerça à la rude pratique des yogis tibétains. Elle s’installa tout d’abord dans un bungalow et prépara ce qui sera son ermitage. Ce lieu de retrait du monde des humains était une caverne située à flanc de falaise. Elle fit boucher sommairement l’entrée avec une grossière cabane de planches disjointes afin de fermer l’endroit ouvert aux quatre vents. Le lieu était intéressant, pour elle, à deux niveaux. Le premier, elle se trouvait à près de 4.000 mètres d’altitude, loin de tout, et le deuxième, la caverne du Gömpchen, un yogi se situait un peu en dessus. Son idée, à ce moment-là, était de devenir son disciple et d’apprendre beaucoup de cet homme à propos du Tantrisme tibétain. Mais le Gömpchen ne plia pas immédiatement et Alexandra dut faire ses preuves pour lui montrer qu’elle était prête et sérieuse. Le saint homme devait entrer en période de Tsam, une retraite qui devait durer trois ans, trois mois et trois jours durant lesquels il restait enfermé dans une pièce, seul, à méditer. Un domestique devait lui passer sa nourriture par un petit trou prévu à cet effet, sans le déranger. Après avoir tenté vainement de l’en dissuader, il finit par accepter devant la farouche volonté de cette femme intelligente de vouloir connaître les secrets des grands maîtres bouddhistes tibétains. Alexandra lui proposa un échange : Elle lui apprendrait l’anglais et lui l’enseignerait en tibétain et ses secrets.
 

Dechen Ashram, Alexandra devant son ermitageElle y reçut les enseignements de ce Gömpchen, Ngawang Rinchen, maître reconnu ayant atteint un haut degré spirituel. Celui-ci comprit rapidement l’intérêt qu’il aurait de révéler ses secrets à cette occidentale qui était capable de comprendre ses enseignements avec un esprit asiatique et de produire ensuite des livres compréhensibles par ses compatriotes de l’ouest.

 

Alexandra et le GömchenEn 1916, après 2 ans et demi d’études en compagnie de son maître, Alexandra sentit ses pieds frémir d’impatience et, refaisant ses bagages, s’engagea sur les routes du Tibet. Passant outre les ordres du résident britannique, Sir Charles Bell, elle partit en excursion à Shigatzé afin de rencontrer la deuxième autorité en place au Tibet, le Pänchen Lama. Celui-ci la reçut avec joie et l’accueillit durant un mois dans son palais.

 

Pänchen LamaA son retour au Sikkim en septembre 1916, le résident britannique furieux l’expulsa du pays et Alexandra décida de refermer cette parenthèse enchanteresse en se dirigeant vers le Japon. A peine arrivée, le Japon la déçut. Elle trouvait ce pays joli, certes, mais un peu trop peuplé et un peu trop plat à son goût. Les hautes montagnes de l’Himalaya la hantaient et un début de dépression refit surface.

 

Ekai Kawagishi, Alexandra et YongdenAlexandra s’y réfugia donc dans l’étude et rencontra Ekai Kawagushi, un moine philosophe qui lui apporta une lueur d’espoir : Quelques années auparavant, déguisé en moine, il avait réussi à demeurer incognito pendant 18 mois à Lhassa. Cette histoire passionna Alexandra et lui donna des idées. Au bout de quelques mois, en août 1917, elle décida de repartir pour le continent asiatique et se rendit à Fusan, en Corée.

 

Alexandra en CoréeEn octobre 1917, Alexandra et Yongden arrivèrent à Pékin. Ce fut là, en Chine, au temple des lamas, qu’elle rencontra des érudits : ils étaient tibétains et elle parlait leur langue. Au bout de quelques mois, elle et Yongden s’embarquèrent en compagnie d’un Lama excentrique et traversèrent avec de grandes difficultés tout le pays d’est en ouest. Elle découvrit une Chine déchirée par les guerres civiles et la peste.

 

Charrette d'Alexandra en ChineAlexandra et Yongden visitèrent le Gobi, la Mongolie et terminèrent leur course à Kum bum, un immense monastère au nord-est du Tibet. Elle loua une maison dans l’enceinte de cette véritable cité religieuse et vécu parmi les moines, étudiant avec eux, récoltant de nombreux livres tibétains.

 

Monastère de Kum BumDébut 1921, après 2 ans 1/2 d’études studieuses au sein du grand monastère de Kum Bum, toujours en compagnie du jeune Aphur Yongden, elle refit ses bagages avec la ferme intention de franchir la frontière tibétaine. 

 

Déguisement de mendiante pour le voyage vers LhassaToujours hantée par l’exploit de son ami japonais, elle désirait rejoindre la capitale mythique : Lhassa, territoire interdit aux étrangers. Elle entama alors un long périple au long de la frontière est du Tibet, affrontant souvent des hordes de brigands. dn100a2En compagnie de Yongden et de trois domestiques, elle tenta à de nombreuses reprises de pénétrer la frontière interdite. Les serviteurs, peu discrets, révélaient à chaque tentative, à qui voulait l’entendre, l’origine occidentale de leur maîtresse. Épuisée par ces échecs, elle décida de changer de tactique.

 

Alexandra dans son déguisement de mendiante avec matériel ayant servi pour son voyage vers LhassaAlexandra décida finalement d’abandonner domestiques, chariots et mules, et, déguisée en mendiante, elle se mit en route, bâton de pèlerin en main. Elle parcourut alors à pied des milliers de kilomètres en plusieurs mois, dans la neige, le froid, par des contrées sauvages et difficiles, parfois même inexplorées, toujours accompagnée du jeune Aphur Yongden. Après de nombreuses aventures qu’elle narra dans un livre écrit en 1927, trois ans après son exploit, « Voyage d’une parisienne à Lhassa », ils arrivèrent enfin en vue du Potala, le palais d’hiver des Dalaî Lama.

 

Lhassa, 1925Les deux aventuriers prirent pied à Lhassa, épuisés, en février 1924. Extrait des correspondances à son mari : « Lhassa, 28 février 1924, (date approximative). Mon très cher grand ami, pas mal de temps s’est écoulé depuis que je t’ai écrit et j’ai aussi fait pas mal de chemin depuis ce temps. Je te dirai tout de suite que j’ai complètement, aussi complètement que le plus exigeant puisse rêver, réussi la promenade pour laquelle je partais quand je t’ai envoyé ma dernière lettre. Cette excursion aurait été considérée comme fort hardie pour un homme jeune et robuste, qu’une femme de mon âge l’entreprit pouvait passer pour pure folie. Néanmoins, mon succès est complet, mais l’on m’offrirait un million pour recommencer l’aventure dans les mêmes conditions que je crois bien que je refuserais !« 

Alexandra et Yonden à LhassaAlexandra était âgée de 56 ans et demi. Après deux mois de séjour, ils revinrent à pied au Sikkim dans un périple qui dura à nouveau deux mois. Vêtus de loques, Elle et Yongden arrivèrent enfin en vue d’une ville. Heureuse de terminer en vie sa périlleuse aventure, elle se livra aux autorités Britanniques, poings liés, afin de valider son exploit. Sir McDonald la reçut gentiment et, au lieu de l’emprisonner comme elle l’imaginait, il la logea dans sa demeure, lui donna des vêtements et lui prêta de l’argent.

Alexandra et Yongden devant le Potala à Lhassa