Retour en France

Alexandra et Yongden au retour de LhassaSon exploit fut décrit durant des années dans tous les journaux et magazines, à travers le monde… Ce fut une gloire immédiate, une gloire qui lui permettait enfin de vivre de sa plume et de devenir officiellement écrivain. Lorsque Alexandra reprit contact avec son mari, depuis le Sikkim, celui-ci désira divorcer de cette épouse qu’il ne connaissait plus. Il s’effrayait de voir revenir à ses côtés le terrible caractère de sa femme qui dérangerait sa tranquille petite vie de célibataire. Elle refusa la séparation, comprit les motivations légitimes de Philippe et entama son voyage de retour avec Yongden en promettant à son mari de se trouver sa propre maison. A son arrivée en France, Alexandra resta effarée de découvrir son pays bien changé. C’était le temps du Fox Trot, des années folles, des « garçonnes », la vie s’était accélérée… Il lui fallait réapprendre à vivre parmi les siens.

dn18dn158En France, les deux compagnons de voyage louèrent une maison sur les hauteurs de Toulon, « les Mazots ». Cette maison située au sein d’un beau terrain se révéla rapidement trop exiguë pour les nombreux bagages ramenés d’Asie par les deux explorateurs. Il lui fallait assez d’espace pour déballer ses caisses de livres qui Alexandra désira rapidement posséder sa propre demeure, au soleil et sans voisins. C’étaient là ses exigences. Ce fut ainsi qu’une agence de Marseille lui proposa Digne, dans les Basses Alpes, rebaptisées plus tard « Alpes de haute Provence ».

Samten Dzong avant transformations. 1928En 1928, elle décida d’acheter une propriété qu’elle baptisa immédiatement « Samten Dzong« , la forteresse de méditation. Elle y écrivit une grande partie de son oeuvre en compagnie de Yongden. dn164a« Digne mérite l’attention. Il y a ici un passage considérable de touristes. Il est nécessaire pour mon succès que mon logis puisse être vu par des gens, des journalistes, des étrangers ou autres qui me rendront visite et que ceux-ci en emportent une bonne impression. Notre époque exige de la réclame, de l’apparence extérieure, que la manie sévit de photographier les auteurs dans leur intérieur, de les interviewer chez eux et décrire jusqu’à leur salle de bain !« 

Yongden en 1927Albert Aphur devint légalement son fils adoptif en 1929. Philippe Néel avait longtemps refusé de donner son nom au jeune homme mais finit par accepter sous les arguments d’Alexandra : « Albert deviendra un paria si on lui laisse la vie… Je crois que ces explications suffisent. Elles ne tendent, je te l’ai dit, qu’à t’éclairer sur mes mobiles et non point à chercher à t’imposer une charge. Je travaillerai et compte bien me tirer honnêtement des responsabilités que j’ai assumées. Du reste, à un point de vue plus égoïste, Albert m’est tout aussi nécessaire pour mener mes travaux à bonne fin qu’il ne l’était pour me permettre la réussite de mes voyages au Thibet. J’ai besoin de sa collaboration pour mes travaux de traduction. Il est assez lettré et bien versé dans un tas « d’à côtés » des questions que je veux traiter, ce qui me permettra de donner à mes travaux un aspect plus intéressant que ne pourrait être la traduction de quelqu’un qui ne verrait pas plus loin que le texte qu’il a devant les yeux. ».

YongdenAlexandra David-Néel qui ne voulait pas d’enfant imposé par la nature avait choisi le sien… Elle écrivit à ce propos à son cousin Emile Panquin : « Tous ceux de la génération de mes parents ont disparu, et parmi la mienne, il y a bien des vides… Pourquoi vient-on sur cette terre si c’est pour s’en aller ainsi? Et chose curieuse, il y a des gens qui veulent mettre des enfants au monde pour leur infliger la souffrance de devenir vieux et de mourir… Cela me parait une idée bien féroce !« 

Samten DZong 1928Samten dzong était au début  une bien modeste maison provençale qu’elle se dépêcha d’agrandir afin d’y conserver ses nombreuses malles emplies de ses souvenirs de voyage. Elle profita de cet espace supplémentaire pour installer enfin ses nombreuses bibliothèques qui se remplirent rapidement de milliers de livres de toutes natures.

Samten Dzong 1932Certes, les petites montagnes environnantes ne ressemblaient en rien à l’Everest, mais le ciel était bleu et le soleil brillait. Alexandra fut immédiatement séduite par la beauté de ces pré-alpes, ces Himalaya pour lilliputiens, comme elle se plût à les décrire aux journalistes. Elle mit à profit l’immense terrain qui entourait la maison pour y faire pousser fruits et légumes. Sa volonté première était de vivre de ses récoltes…