Louis David

Alexandra4Louis Pierre David, père d’Alexandra David-Néel, est né le 6 juillet 1815 à Tours, en Indre et Loire. Fils de Pierre David et de Anne Colombe, il suit de brillantes études qu’il termine à l’école normale de Versailles et débute une carrière d’instituteur à l’instar de son père. A vingt ans, il obtient le brevet de capacité pour l’instruction primaire avec prix d’excellence et débute son métier à Ingrandes, en Indre et Loire, puis prend la direction de l’école supérieure annexée au collège de Joigny, dans l’Yonne. En 1836, il continue à l’école communale de Neuillé-Pont-Pierre. Assez rapidement, ses prises de position politiques, son exaltation et ses convictions lui sont reprochées et Louis David démissionne le 12 décembre 1839 et prend un nouveau poste à Bléré où vit sa sœur. Le 1er juin 1839, il devient officiellement instituteur de la petite école communale. Durant une dizaine d’année Louis se lance dans divers combats politiques de manière virulente et, au fur et à mesure des nouveaux gouvernements en place, essuie quelques revers. le 27 juin 1847, le comité d’instruction de Bléré constate ses absences répétées et les condamnes. Le jeune homme est révoqué. Franc-Maçon de la loge des « Enfants de la Loire » qui reprend les statuts et règlements du « Grand Orient de France ». Il profite de son manque d’activité pour fréquenter les journalistes du « Courrier d’Indre et Loire ». Il est possible qu’il y ait un peu travaillé quelque temps. Ce journal disparaît rapidement, remplacé par « Le Progrès d’Indre et Loire, journal politique, agricole, commercial et littéraire. » Louis David entre au conseil d’administration le 1er octobre 1849. Le 22 janvier 1849, Louis David est obligé de fermer l’école de Bléré et un arrêté préfectoral lui annonce sa révocation :

« La révocation du Sieur David a été prononcée pour l’ardeur qu’il a montrée à propager des doctrines subversives ;  pour s’être placé à la tête de réunions secrètes ;  pour avoir divisé la commune où il aurait dû s’efforcer de maintenir l’ordre et la tranquillité et pour avoir perdu la considération qui lui était nécessaire pour faire le bien« .

Louis David abandonne le métier d’instituteur pour devenir journaliste à plein temps. Dès lors il publie régulièrement des articles dans le Progrès d’Indre et Loire. Il profite de sa nouvelle carrière pour entamer l’écriture d’un livre de théorie démocratique : « De l’organisation démocratique du crédit public ou les instruments de travail à la portée des travailleurs de toutes les professions.« . Ce livre sort en avril 1851. Le journal dans lequel il travaille s’agrandit et devient : « Le Progrès d’Indre et Loire et de Loir et Cher – L’Union fait la force » et Louis David peut y déverser sa passion avec toujours en tête sa défense de la liberté. Napoléon III décide d’un coup d’état afin de restaurer l’empire. Le Progrès est perquisitionné et Louis David est incarcéré en début décembre 1851. Une commission qui doit statuer sur son sort décide don son expulsion de France :

« Instituteur communal révoqué en 1849 à raison de ses doctrines subversives. Chef du parti démagogique dans le canton de Bléré. Il a mis une extrême activité à propager des idées de désordre et de destruction sociale. Adroit et insinuant, exerçant une grande influence sur les habitants des campagnes dont il connaît les mœurs et sait flatter perfidement les passions. Il a répandu parmi eux des principes démoralisateurs dont les effets se font encore sentir. David est devenu rédacteur du journal socialiste Le Progrès d’Indre et Loire et aussi bien dans ses écrits que dans sa propagande orale il s’est montré jusqu’aux derniers événements l’infatigable ennemi de l’ordre social au milieu duquel il se considère comme déclassé. Il a été membre de la société dite Solidarité républicaine. La commission propose qu’il soit expulsé de France.« 

L’arrêté signé, Louis David et deux de ses amis ont huit jours pour quitter la France. Ils entrent en Belgique en mars 1852. L’afflux d’exilés dans le petit pays provoque quelques tensions avec les habitants. Les proscrits affluant en Belgique, on leur demande de travailler. Durant l’été 1852, Louis se rend à Louvain  et trouve rapidement un poste de professeur dans la famille Panquin chez qui il enseigne le français aux enfants de la famille. Alexandrine, fille aînée, a vingt-deux ans et lui plait immédiatement. Elle n’est pas la fille de Ludolphe Panquin, il ne l’a pas adoptée officiellement, mais elle réside avec sa mère remariée. Les dimanches après-midi, Louis retrouve Alexandrine pour de longues balades et, malgré leurs quinze ans d’écart d’âge, ils décident de s’épouser. Les noces sont célébrées et le couple s’installe dans une vie simple. Louis cesse son activité de professeur pour se consacrer à la vente de tissus dans le commerce de sa femme et de sa belle-mère. Au bout de quelques années, les époux peuvent rentrer en France, les exilés sont graciés et ils s’installent à Saint-Mandé, dans la banlieue parisienne. En 1868, l’événement tant attendu par Alexandrine arrive, elle devient mère d’une petite fille que l’on nomme Louise, Eugénie, Alexandrine, Marie. Rapidement l’enfant prend le surnom de Nini. Alors que Louis, dans un premier temps, ne voit guère d’intérêt à cet enfant, il remarque rapidement le caractère spécial et l’éveil de son enfant.

En septembre 1870, Louis prend part au renversement de Napoléon III et débute à la Commune de Paris, période d’insurrection terrible qui se termine dans un bain de sang. Il échappe aux massacres mais  décide d’emmener son enfant de bientôt trois ans assister au spectacle des dépouilles mortelles des fusillés, au pied du mur des fédérés. A la suite de cet événement qui trouve particulièrement l’enfant, le père l’amène régulièrement avec lui dans ses promenades, à la chasse, passion de Louis qui déplaît fortement à Nini. Elle le suit, cependant, lors de ces balades et s’éloigne afin d’échapper à ce qu’elle appelle rapidement : « Un massacre ». Louis joue du violon et constate assez rapidement l’intérêt de sa fille pour la musique. Il lui fait donner quelques cours et lui achète rapidement un piano d’un coût de 700 francs. C’est ainsi qu’il l’encourage, ensuite, à poursuivre ses étude au conservatoire de Bruxelles. L’enfant est placée en pension, très jeune, et ses retour en famille deviennent très espacés. Louis joue souvent en Bourse l’argent familial gagné grâce au commerce de tissus de sa femme et il lui arrive de temps en temps de tout perdre. C’est ainsi qu’un jour il annonce à sa fille, devenue Alexandra, prénom qu’elle adopte très tôt, qu’il ne peut plus subvenir à ses besoins et qu’elle doit travailler. La jeune femme devient cantatrice et Louis l’encourage dans ses tournées, lui écrivant de longues lettres enthousiastes. Et puis un jour, à son grand étonnement, il reçoit une lettre d’un certain monsieur Philippe Néel. Il s’agit d’une demande en mariage. Le premier temps de surprise passée, il répond et donne son accord. Le mariage est célébré le 4 août 1904. En décembre 1904, Louis tombe malade et Alexandra se rend à son chevet. L’agonie s’achève le mercredi 21 décembre 1904, à 22h30.