Sidkeong Tulku

Alexandra96Sidkéong Tulku Namgyal, né en 1879,fut le chef spirituel, ainsi que, pour une brève période en 1914, du 10 février au 5 décembre, le maharaja et le chogyal du Sikkim. Il était le fils aîné et héritier de maharaja Sri Panch sir Thutob Namgyal, et a étudié au collège Saint-Paul à Darjeeling, et à Pembroke College (Oxford). Polyglotte, il a appris le chinois, l’anglais, le hindi, le lepcha, lenépalais et le tibétain. Il a été reconnu comme la réincarnation de son oncle, Sidkéong Namgyal, l’abbé du monastère de Phodong. Sidkéong Tulku Namgyal reconstruit le monastère. Après ses études à Oxford, il est retourné au Sikkim où il a été étroitement associé à l’administration du pays. Il a travaillé à la dissolution de la cupidité qui se produit dans les intérêts acquis et tenté d’unifier les bouddhistes par la rénovation des monastères et de leurs rôles.

Lorsque Alexandra David-Néel a été invitée à l’abbaye royale du Sikkim, elle a rencontré Sidkéong Tulku Namgyal, alors Maharaj Kumar (prince héritier). Elle est devenue pour Sidkéong la « confidente et sœur spirituelle » qu’il considérait un peu comme une mère qu’il n’avait jamais eue.

Sidkéong, alors chef spirituel du Sikkim fut envoyé par son père, le maharaja du Sikkim, à la rencontre d’Alexandra David-Néel, prévenu de son arrivée en avril 1912 par le résident britannique à Gangtok. Lors de cette première rencontre, l’entente entre eux fut immédiate : Sidkéong, avide de réformes, écoute les conseils d’Alexandra David-Néel, et avant de repartir à ses occupations, il lui laissa Lama Kazi Dawa Sanddup, un interprète et professeur tibétain. Par la suite, Sidkéong confia à Alexandra David-Néel que son père souhaite qu’il renonce au trône à la faveur de son demi-frère.

Alexandra91Alors qu’elle était en compagnie de Lachen Gomchen Rinpoché, Ngawang Rinchen, Alexandra David-Néel retrouva à Lachen, le 29 mai, Sidkéong en tournée d’inspection. Ces trois personnalités du bouddhisme ainsi réunies réfléchissent et travaillent à la réforme et à la propagation du bouddhisme, comme le déclarera le Gomchen. Sidkéong organise pour Alexandra David-Néel une expédition d’une semaine dans le Haut-Sikkim, à 5000 mètres d’altitude débutée le 1er juin.

Il existe une communication épistolière entre Sidkéong et Alexandra David-Néel. Ainsi, dans une lettre de Sidkéong écrite à Gangtok le 8 octobre 1912, il la remerciait pour la méthode de méditation qu’elle lui avait envoyé. Le 9 octobre, il l’accompagna jusqu’à Darjeeling où ils visitèrent ensemble un monastère, alors qu’elle s’apprêtait a regagner Calcutta. Dans une autre lettre, Sidkéong informait Alexandra David-Néel qu’en mars 1913, il avait pu rejoindre la franc-maçonnerie à Calcutta où il avait été reçu compagnon muni d’une lettre d’introduction du gouverneur du Bengale, un lien supplémentaire entre eux. Il lui fit part de sa joie d’avoir pu se joindre à cette société.

Alors que son père était sur le point de mourir, Sidkéong appella Alexandra David-Néel à l’aide, et lui demanda ses conseils pour entreprendre la reforme du bouddhisme qu’il souhaitait entreprendre au Sikkim quand il accèderait au pouvoir.

Revenant à Gangtok en passant par Darjeeling et Siliguri, Alexandra David-Néel fut reçue comme un personnage officiel, avec haie d’honneur, par Sidkéong le 3 décembre 1913.

Le 4 janvier 1914, il lui offrit une robe de lama en cadeau pour le Nouvel An, et se fit photographier ainsi vêtu, un bonnet jaune complétant l’ensemble.

Le 10 février 1914, le maharaja mourut, et Sidkéong lui succeda. La campagne de réforme religieuse put débuter, Kali Koumar, un moine du bouddhisme du Sud fut appelé à y participer, ainsi que Silacara (un moine bouddhiste occidental), qui vivait alors en Birmanie. Ce fut de ce même pays que vint Ma Lat (Hteiktin Ma Lat), avec qui Alexandra David-Néel était en correspondance, et que devait épouser Sidkéong, Alexandra David-Néel devenant de fait la conseillère conjugale du maharaja. Sidkeong, désolé, dut quitter sa maîtresse, une jeune Sikkimaise sans titre pour se plier au protocole.

Alors qu’elle se trouvait au monastère de Phodong dont Sidkéong est l’abbé, Alexandra David-Néel affirma avoir entendu une voix qui lui annonçait que les réformes échoueraint.

Le 11 novembre 1914, quittant la caverne du Sikkim où elle était allée retrouver le Gomchen, Alexandra fut accueillie au monastère de Lachen par Sidkéong. Un mois plus tard, elle apprit la mort subite de Sidkéong, une nouvelle qui l’affecta énormément.

Peu avant son décès, le 13e dalaï-lama demanda à Khyenrab Norbu, alors médecin au monastère de Drépung, de se rendre au Sikkim pour y soigner Sidkéong Tulku Namgyal. Khyenrab Norbu se basant sur des calculs astrologiques annonça que le souverain serait mort avant son arrivée, mais le dalaï-lama l’enjoignit de se hâter. En chemin, à Nakartsé, il apprit la mort du roi.

Suite à une attaque de jaunisse, Sidkéong Tulku Namgyal mourut d’insuffisance cardiaque, le 5 décembre 1914, à l’âge de 35 ans, dans des circonstances suspectes. Son frère cadet, Tashi Namgyal, lui succéda.

Palden Thondup Namgyal fut ensuite reconnu comme le chef réincarné de Phodong.