Guesar de Ling

Guesar de Ling

dn6Alexandra David-Néel, au cours de ses périples au Tibet a souvent entendu des bardes chanter l’épopée spectaculaire de Guesar de Ling, le roi mythologique tibétain. Elle a recueilli les bribes de ces récits et en a formé un livre étonnant consacré à ce grand personnage du Tibet : «La vie surhumaine de Guésar de Ling ». Cet ouvragee résulte du long séjour forcé d’Alexandra à Jakyendo en 1921-1922. Il s’agit d’une version populaire de l’épopée tibétaine rapportée à l’auteur par un conteur qui relatait et mimait, de manière très expressive, dit-elle, les aventures du roi Guésar. Le récit vécu est ainsi colporté de village en village depuis des générations. Le souvenir de Guésar reste très présent dans le Tibet d’aujourd’hui. Les premières éditions s’ouvraient sur une préface de Sylvain Lévi, célèbre orientaliste, qui remerciait madame David-Néel «  d’avoir révélé au public français, sous une forme pittoresque et attrayante, une épopée qui pour son importance nationale et sa signification de culture vient se ranger auprès de l’Iliade, de l’Eneide, des Niebelungen, du Roland  ». C’est dire l’importance et la qualité de ce texte qui n’est plus édité depuis peu.

dn6bisL’Épopée du roi Gesar, dit aussi Gesar Khan ou Gesar de Ling, est le poème épique le plus célèbre des populations tibétaines, et mongoles. Il contiendrait plusieurs millions de vers, ce qui en ferait l’œuvre littéraire la plus longue actuellement connue dans le monde. Composé il y a plus de huit siècles à partir de récits beaucoup plus anciens, il continue à être interprété de nos jours par plusieurs dizaines de bardes dans les régions de populations tibétaines et mongoles. Dans la tradition mongole, il serait une incarnation de Begtse, dieu protecteurs des mongols.

guesar1Le nom Gesar aurait pour origine le titre romain de caesar ou le turc, Kaisar qui signifie « roi », « empereur », « souverain ». Si l’étymologie est exacte, ce titre ne lui aurait été attribué qu’après un certain nombre de conquêtes sur des territoires turcs et perses.

guesar2L’Épopée du roi Gesar a, au fil des siècles, incorporé des éléments bouddhiques, mais n’en comprend pas moins de nombreux dieux et mythes antérieurs d’origine chamanique. Au fil des récits, on y découvre de puissantes divinités des montagnes et de nombreux esprits tutélaires des lieux où se déroulent les aventures de Gesar. Comme le note Geoffrey Samuel : « Les attitudes face à l’épopée de Gesar varient considérablement d’un moine ou d’un lama tibétain à un autre. Nombre de Gelugpa la désapprouvent fortement, tandis que les lamas Kagyupa et Nyingmapa y sont généralement favorables et la voient comme une expression de l’activité de Guru Rinpoche, et comme un véhicule des enseignements bouddhiques, en particulier ceux de l’école Dzogchen. En conséquence, savoir si les babdrungs (bardes de l’épopée de Gesar) doivent être considérés comme des chopas(pratiquants du Dharma) est une chose à laquelle il sera répondu différemment par ceux qui sont en faveur de l’épopée et ceux qui s’y opposent. Les babdrungs eux-mêmes insistent généralement, cependant, sur le lien entre l’épopée et le Cho (le Dharma, le bouddhisme)et se voient comme des sortes de chopas« .