Bhagavad Gita

La Bhagavad Gita

BG1La Bhagavad-Gita ou Bhagavadgita, terme sanskrit se traduisant littéralement par « chant du Bienheureux » ou « Chant du Seigneur » est la partie centrale du poème épique Mahabharata. Ce texte est un des écrits fondamentaux de l’hindouisme souvent considéré comme un « abrégé de toute la doctrine védique ». La Bhagavad-Gita est composée de 18 chapitres. Ce récit n’a cessé d’imprégner l’âme indienne tout au long des siècles ; ses enseignements se rapportent au thème de la conquête de soi-même. Les indianistes s’accordent à penser que le texte a été écrit entre le Ve et le IIe siècle av. J.-C., voire au Ier siècle av. J.-C. Selon divers groupes Vaishnava traditionnels, il est originaire d’au moins 5 000 ans, et avait été annoncé par Shri Krishna à Arjuna sur le champ de bataille de Kurukshetra (en Inde). Le titre qu’on lui donne fréquemment, Bhagavadgîtopanishad, et la ressemblance qu’elle présente avec les formes upanishadiques a fait se demander s’il ne s’agissait pas primitivement d’une upanishad. Le texte a pu, à l’origine, être moins long, il n’est pas homogène, il trahit des influences diverses.

La Bhagavad-Gita occupe une place importante dans toute la pensée indienne : « Sauf dans certains milieux shivaïtes, tous les courants religieux brahmaniques l’ont acceptée comme un livre saint à l’égal des Veda et des upanishad ; on l’a intégrée à la Révélation (shruti) alors que le reste du Mahâbhârata relève seulement de la Tradition (smriti)« .

L’histoire se déroule au début de la grande guerre entre les Pandava, fils du roi Pāṇḍu, et les Kaurava. Non loin d’Hastinapura, Arjuna un des 5 Pandavas et Krishna — qui se fait le cocher du char d’Arjuna afin de le mener au combat — sont sur le champ de bataille de Kurukshetra entre les deux armées prêtes à combattre. Arjuna doit souffler dans une conque pour annoncer le début des combats mais, voyant des amis et des parents dans le camp opposé, il est désolé à la pensée que la bataille fera beaucoup de morts parmi ses proches, oncles, cousins. Il se tourne alors vers Krishna pour exprimer son dilemme, faire son devoir en conduisant son armée et, ce faisant, tuer des membres de sa famille, et demander conseil.

La Bhagavad-Gita conte l’histoire de Krishna, huitième avatar de Vishnou (identifié comme une manifestation du Brahman), et d’Arjuna, un prince guerrier en proie au doute devant la bataille qui risque d’entraîner la mort des membres de sa famille, les Kaurava, qui se trouvent dans l’armée opposée.

Le poème se compose de sept cents distiques, divisés en dix-huit chapitres.

 Extraits de la Bhagavad Gita, issus d’un manuscrit du XIXe siècle. Le récit est constitué du dialogue entre Krishna et Arjuna. Il enseigne que même si tous les chemins diffèrent, leur but fondamental reste le même : réaliser le Brahman et échapper au cycle des renaissances à travers la réalisation du Soi. Il y est fait état des castes, Krishna affirmant que l’un des plus grands maux de l’époque serait le mélange des castes. Krishna instruit Arjuna sur un grand éventail de domaines, à commencer par celui qui résout le dilemme d’Arjuna, la réincarnation, signifiant par là que les vies perdues dans la bataille ne le sont pas véritablement. Krishna continue d’exposer un grand nombre de sujets spirituels, parmi lesquels plusieurs yogas, ou chemins de dévotion, différents. Dans le onzième chapitre, Krishna dévoile à Arjuna qu’il est, en fait, une incarnation du dieu Vishnou. À un niveau plus profond, la guerre est une métaphore des confusions, des doutes, des craintes et des conflits qui préoccupent toute personne à un moment ou un autre de sa vie. La Gita s’adresse à cette discorde en nous et enseigne les yogas qui permettent de l’apaiser, le Bhakti yoga la voie de la dévotion du Dieu personnel, le Jnana yoga ou la voie de la connaissance, le Karma yoga ou voie de l’action juste.
« 41: Quand le désordre prédomine, ô Krishna, les femmes de la famille se corrompent; quand les femmes sont corrompues, ô fils de Vishnou, le mélange des castes se produit. 42: Un tel mélange mène à l’enfer ceux qui ont frappé la famille et la famille elle-même, puisque les ancêtres y tombent, faute des offrandes rituelles : boules de riz et libations d’eau. 43: En conséquence de telles fautes imputables aux meurtriers de la famille et qui causent le mélange des castes, l’ordre sacré et éternel de la famille est subverti. »
Selon Krishna, la racine de toutes les douleurs et de tous les troubles est l’agitation de l’esprit provoquée par le désir. La seule manière d’éteindre la flamme du désir, indique Krishna, c’est de calmer l’esprit par la discipline des sens et de l’esprit. Cependant, le refus total de l’action est considéré comme étant aussi nuisible qu’une totale indulgence. Selon la Bhagavad-Gita, le but de la vie est de libérer l’esprit et l’intellect de leurs complexités et de les concentrer sur la gloire de l’âme. Ce but peut être réalisé par les yogas d’action, de dévotion et de connaissance. Le texte finit par un chant exposant la doctrine du renoncement, qui permet d’échapper au samsara, le cycle des renaissances :

« Unifiant l’intelligence purifiée [avec la pure substance spirituelle en lui], maîtrisant l’être entier par une volonté ferme et stable, ayant renoncé au son et aux autres objets des sens, se retirant de toute affection et de toute aversion, recourant à l’impersonnelle solitude, sobre, ayant maîtrisé la parole, le corps et le mental, constamment uni par la méditation avec son moi le plus profond, renonçant complètement au désir et à l’attachement, rejetant égoïsme, violence, arrogance, désir, courroux, sens et instinct de possession, délivré de tout sens de « moi » et de « mien », calme et lumineusement impassible – un tel homme est prêt pour devenir le Brahman. Quand un homme est devenu le Brahman, quand, dans la sérénité du moi, il ne s’afflige ni ne désire, quand il est égal envers tous les êtres, alors il obtient le suprême amour et la dévotionsuprême pour Moi. » — XVIII, 51-54

BG2La Bhagavad-Gita a été commentée par de nombreux philosophes indiens tels que le célèbre Adi Shankara au VIIIe siècle, mais aussi Abhinavagupta (XeXIe), Râmânuja (XIeXIIe), Madhva (XIIIeXIVe). La première traduction anglaise, par Charles Wilkins, date de 1785. Elle est suivie par une traduction latine, par Auguste Schlegel, en 1823, allemande en 1826 par Wilhelm von Humboldt, française en 1846 par Lassens, et grecque en 1848 par Galanos. Le rôle des Allemands, qui n’avaient pas de colonies en Inde, dans ces études s’explique par leur intérêt bien connu pour la langue sanscrite. Sur ce point, on lira avec profit l’ouvrage de Pascale Rabault-Feuerhahn, L’Archive des origines. Sanskrit, philologie, anthropologie dans l’Allemagne du XIXe siècle. (Bibliothèque franco-allemande, 2008). Humboldt ne s’est pas contenté de traduire, il a proposé un commentaire, qui insistait sur la signification morale du poème, que Humboldt rapprochait de l’éthique stoïcienne du détachement et du devoir. Hegel, dans son compte rendu critique du commentaire de Humboldt, a voulu au contraire montrer que ce rapprochement n’était que superficiel, que la pensée indienne ne pouvait se hisser jusqu’au concept de la subjectivité libre. Michel Hulin a dans une certaine mesure rendu justice à l’interprétation humboldtienne, tout en soulignant le caractère invertébré de la philosophie de Humboldt. Mais selon Hulin, l’interprétation de Hegel, certes plus systématique que celle de Humboldt, néglige la richesse du poème.