Chant et mariage

Rejetant la rigidité du christianisme de son temps, la jeune fille se sent attirée par les cultures de l’Orient, celles de l’Inde en particulier. Après un séjour linguistique en Angleterre, elle rentre à Paris pour suivre des enseignements de type strictement académique comme la Sorbonne ou le collège de France qui ne l’enthousiasment pas totalement. Le musée Guimet, récent promoteur des religions d’Asie, lui offre bien davantage ce qu’elle recherche. « En ce temps-là, le musée Guimet était un Temple […] Des vocations y naissent…la mienne y est née » écrira t-elle plus tard. 1951 L’Inde. Hier, aujourd’hui, demain, Paris, Plon, traductions, rééd. augmentée sous le titre L’Inde où j’ai vécu

A partir de 1893, l’art lyrique lui permet de subvenir à ses besoins. Parallèlement, elle publie dans des journaux engagés, approche certains milieux du spiritisme, alors très en vogue. Réfractaire à l’autorité, la jeune Alexandra s’engage dans un anarchisme non-violent sur les pas d’Elisée Reclus, célèbre géographe humaniste dont elle adoptera les concepts principaux : le féminisme qui s’incarne à la fois dans l’émancipation des femmes, la liberté des mœurs, l’expérience concrète du monde privilégiée à son étude. Dès sa majorité et tout au long de sa vie, elle luttera pour être libre, gagnant son indépendance financière par l’écriture ou le chant lyrique.

L’artiste met fin à sa carrière musicale à Tunis, peu compatible avec son destin d’orientaliste. Elle y fait la connaissance de Philippe Néel, ingénieur des chemins de fer, qu’elle épouse en août 1904. Philippe Néel est un personnage clef de la vie de l’écrivain, cet « agnostique de fin de siècle » comme le désigne sa femme. De leur singulière mais irréductible relation, reste une volumineuse et remarquable correspondance.