14 ans en Asie

 Août 1911, cette date marque la plus grande aventure d’Alexandra David-Neel. Au port de Marseille, elle prend place à bord du Mashima Maru, un paquebot en partance pour l’Inde et débarque sur l’île de Ceylan (Sri Lanka), à Colombo. Alexandra a déjà visité les Indes en 1894. De la ville portuaire, elle a gardé un souvenir émouvant mais, comme partout ailleurs, tout a changé depuis son dernier périple. Elle s’installe afin d’étudier les vedas, textes philosophiques.

Elle désire étudier les textes sacrés dans leur version originale, forte de ses connaissances poussées en Sanskrit qu’elle a étudié  en auditeur libre à la Sorbonne à Paris auprès du professeur Sylvain Levi. Après avoir fait le tour de Ceylan, elle débarque sur le continent et commence une remontée vers le nord.

Après avoir remonté l’Inde, elle se décide, en 1912, d’aller visiter le Sikkim, petit pays Himalayen à la frontière du Tibet.

Elle y fait rapidement la connaissance du fils du Maharaja, le prince Sidkeong Tulku qui aussitôt se prend d’amitié pour elle. Il a passé une bonne partie de son existence dans les écoles occidentales et en a rapporté les manières et les idées. 

Alexandra achète rapidement des tentes de campement, un matériel adéquat et le prince lui fait visiter son pays.
C’est ainsi qu’elle découvre des paysages qui l’ensorcèlent de leur immensité majestueuse et qui lie son cœur définitivement aux sommets Himalayens.

A dos de Yak, Alexandra rencontre nombre de personnages intéressants et en particulier le treizième Dalaï Lama.

Arrivée à la frontière sud du Tibet, elle se trouve au carrefour d’une route menant vers Lhassa. Le résident britannique lui ayant refusé le droit de traverser cette frontière interdite, elle fait demi-tour mais se jure qu’un jour elle irait « là-bas »…

Pour son passage au Népal en 1912, ce pèlerinage aux sources même du bouddhisme, le maharaja du Népal lui apporte son aide, lui fait quelques présents et met à sa disposition une caravane d’éléphants. Alexandra peut ainsi visiter les lieux sacrés tel Lumbini où le Bouddha était né et beaucoup d’autres endroits laissés à l’abandon mais chargés en émotions. Elle explora le Téraï et ses jungles inextricables peuplées de tigres.

Elle quitte le Népal en début 1913.

De retour du Népal, Alexandra fait un séjour à Bénarès. Les mois d’aventure doivent bientôt prendre fin et cela la terrorise. Son mari lui demande de rentrer mais son désir d’étudier sur place est plus fort.

Soulagée de pouvoir continuer son périple, Alexandra retourne au Sikkim et retrouve Sidkéong Tulku qui met à sa disposition un jeune moine de 14 ans, Aphur Yongden, qui doit lui servir de domestique et traducteur.

En 1914, sur la frontière nord, proche du Tibet, elle s’exerce à la pratique des yogis tibétains. Elle reçoit les enseignements de Ngawang Rinchen, ermite et maître reconnu ayant atteint un haut degré spirituel. Elle prépare un ermitage, une caverne située à flanc de falaise à 4000 mètres d’altitude.

En 1916, après 2 ans et demi d’études en compagnie de son maître, Alexandra s’engage sur les routes du Tibet. Passant outre les ordres du résident britannique, Sir Charles Bell, elle part en excursion à Shigatzé afin de rencontrer la deuxième autorité en place au Tibet, le Pänchen Lama. Celui-ci la reçoit durant un mois dans son palais.

A son retour au Sikkim en septembre 1916, le résident britannique l’expulse du pays et Alexandra décide de refermer cette parenthèse en se dirigeant vers le Japon où elle rencontre Ekai Kawagushi puis visite la Corée.

En octobre 1917, Alexandra et Yongden arrivent à Pékin. Au bout de quelques mois, ils traversent avec de grandes difficultés tout le pays d’Est en Ouest.

Alexandra et Yongden se rendent à Kum bum, un immense monastère au nord-est du Tibet. Elle loue une maison dans l’enceinte de la cité religieuse et vit parmi les moines, étudiant avec eux, récoltant de nombreux livres tibétains.

 Début 1921, après deux ans et demi d’études studieuses, toujours en compagnie du jeune Aphur Yongden, elle refait ses bagages avec la ferme intention de franchir la frontière tibétaine. 

Hantée par l’idée d’un exploit, elle désire rejoindre la capitale mythique du Tibet : Lhassa, territoire interdit aux étrangers. Elle entame alors un immense périple au long de la frontière est du Tibet. Après 2 tentatives infructueuses, elle décide pour plus de discrétion, de partir incognito avec Yongden.

Alexandra décide d’abandonner domestiques, chariots et mules, et, déguisée en mendiante, elle se met en route, bâton de pèlerin en main. Elle parcourt alors à pied des milliers de kilomètres en plusieurs mois, dans la neige, le froid, par des contrées sauvages et difficiles, parfois même inexplorées, toujours accompagnée du jeune Aphur Yongden. Après de nombreuses aventures qu’elle narre dans le livre « Voyage d’une parisienne à Lhassa », ils arrivent enfin en vue du Potala, le palais d’hiver des Dalaï Lama en février 1924.

 Alexandra est âgée de 56 ans. Après deux mois de séjour, ils reviennent à pied au Sikkim dans un périple qui dure à nouveau deux mois. Vêtus en haillons, Alexandra et Yongden arrivent enfin en vue d’une ville. Heureuse de terminer en vie sa périlleuse aventure, elle se livre aux autorités Britanniques, poings liés, afin de valider son exploit. Sir McDonald la reçoit gentiment et, au lieu de l’emprisonner, il la loge dans sa demeure, lui donne des vêtements et lui prête de l’argent.