Retour en France

Devenue célèbre dans le monde entier grâce à cet exploit, Alexandra David-Neel regagne la France en 1925 après 14 ans en Asie. Pendant plusieurs années, elle consacre son temps à l’écriture et aux conférences. Elle continue d’entretenir une cette correspondance assidue avec son mari qui habite désormais en Algérie.

En 1928, elle acquiert un terrain à Digne, comprenant un petit cabanon très sommaire et une maison. Alexandra David-Neel qui se sent un instinct d’architecte, va projeter et organiser des travaux d’agrandissements de sa maison dès son acquisition qu’elle appellera désormais Samten dzong « la résidence de la réflexion ».

Les notes de ses carnets (inédits) informent que des premiers travaux qu’elle effectue sur le terrain: planter des arbres, semer et aménager un potager.

La lecture attentive de sa correspondance nous indique également qu’elle préfère la nature, « la jungle », au jardin ordonné, mis en coupe réglée. Un texte, issu de sa correspondance, est particulièrement éloquent : « Je suis invitée dans des bonzeries où la règle de silence est, dit-on, austère. C’est déjà quelque chose ! mais il ne suffit pas que les oreilles soient en paix, il faut que les yeux le soient aussi, qu’ils échappent à ce tournoiement d’êtres s’agitant, se trémoussant vilainement, gâtant la sérénité des paysages, salissant la terre et le ciel avec leurs industries, leurs fumées d’usine, détruisant toute beauté en rendant les choses « utiles ». C’est si beau une rivière qui coule comme elle peut, se frayant un chemin toute seule, des arbres non élagués, des plantes non domestiquées qui vivent leur vie naturelle de lutte, de défaites et de triomphe parmi leurs congénères et des montagnes qui ne sont pas transformées en étagères à supporter des hôtels ou en piédestal pour des phares ou des appareils de télégraphies sans fil ! » 15 janvier 1917, Singapour. Correspondance avec son mari, Paris, Plon, 2000.

A Samten dzong, Alexandra David-Neel se doit d’impressionner ses visiteurs. Dans une lettre destinée à Philippe Néel, elle explique son désir de récupérer rapidement ses collections envoyées en Tunisie.

« Ces objets orientaux ne te seront utiles en rien. Ils ornent peut-être un peu ton salon, mais n’importe quel objet d’art européen remplira le même but. Il n’en est pas de même pour moi. Je dois gagner ma vie et m’appuyer pour cela sur ma qualité d’exploratrice-orientaliste. Je n’ai pas besoin de te dire que notre époque exige de la réclame, de l’apparence extérieure, que la manie sévit de photographier les auteurs dans leur intérieur, de les interviewer chez eux et de décrire jusqu’à leur salle de bains. [inédit] Il faut donc que j’arrange mon cadre afin de pouvoir le laisser voir à des éditeurs, des journalistes, des confrères orientalistes ou des personnalités qui pourront avoir la fantaisie de venir causer avec moi. Tout ce que je possède en objets orientaux : statues, broderies, kakémonos , etc. ne sera pas de trop pour former, avec les objets rapportés en dernier lieu, une petite collection présentable ». 16 décembre 1928, Toulon. Correspondance avec son mari, Paris, Plon, 2000 et Archives MADN.

Dès l’entrée, elle compose donc un décor orientaliste avec des kakémonos, des masques. La lumière y est diffusée au travers de vitrages colorés, accentuant l’exotisme de la scène. Depuis ce vestibule, les visiteurs découvrent, dans une pièce adjacente, le « petit musée » ou « la chambre d’un lama tibétain », qu’ils ont loisir de contempler en attendant leur hôte. C’est dans cet espace savamment mis en scène qu’elle sera photographiée par les journalistes.

D’après Marie-Madeleine Peyronnet qui fût sa dernière secrétaire, Alexandra David-Neel recevait à heure précise. À l’issue de cette rencontre, chaque visiteur se voyait offrir une tasse de thé. Elle accompagnait ce thé (de grande qualité d’après le journaliste anglais Lawrence Durrell) de biscuits ou de gâteaux, selon l’intérêt de la visite. Depuis le dining-room, les visiteurs pouvaient apercevoir le cabinet de travail. Pour Alexandra David-Neel, revenir en Europe après son périple ne peut se faire sans que soit organisée « la vie d’activité de lettrée qui m’est indispensable ». Son programme est le suivant : « écrire de beaux livres, donner des conférences dans les milieux savants ». 10 juin 1913, Bénarès. Lettre à son mari. Archives MADN.

Chaque pièce comportait une ou plusieurs bibliothèques d’ouvrages français, anglais, livres tibétains, cahiers de transcription de nombreuses langues lui permettant d’étudier notamment des textes religieux et philosophiques. Alexandra David-Neel aménagera deux cabinets de travail : celui du rez-de-chaussée dans la première partie de sa vie puis un second à l’étage quand elle ne pourra plus se déplacer.