La villa

Samten Dzong, Résidence de la Réflexion

Samten Dzong (qu’elle traduira dans son testament en  « Résidence de la Réflexion ») est l’unique villa qu’elle ait possédée tout au long de sa vie. Les couleurs vives utilisées dans la décoration de certaines pièces témoignent de sa volonté de s’inspirer du Tibet. Toutefois, elle n’a pas souhaité en faire une simple reconstitution théâtrale et pittoresque; sa villa est autant un lieu de vie que d’écriture et de travail.

C’est avec l’acquisition de sa demeure en mai 1928, dès son retour du Tibet, qu’Alexandra David-Neel se consacre à sa carrière d’écrivain. Après une première étape à Toulon, où elle achève le manuscrit du Voyage d’une parisienne à Lhassa, elle se rend à Digne-les-Bains pour y visiter une propriété dont elle fera son port d’attache dans la montagne.

Alexandra David-Neel y a exercé sa créativité avec acharnement, concevant les plans d’agrandissement, choisissant la distribution des espaces intérieurs et tous les matériaux de sa construction, de la menuiserie aux couleurs des papiers peints. Elle élève une tour dite « de la méditation » au centre de la maison. Une tour haute qu’elle coiffe d’un gyältsän, emblème de victoire tibétain, preuve de la forte dimension symbolique qu’elle souhaite lui conférer. La réalisation de cette demeure, sans être une fin en soi est toutefois une incontestable victoire pour Alexandra qui en a dessiné les plans à la façon d’un architecte, suivi les travaux de bout en bout et financé l’acquisition par le seul produit de son travail de femme de lettres. Fidèle aux valeurs d’unicité et de globalité qui lui étaient chères, la villa est une œuvre à part entière, un récit qu’elle donne à voir.
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Ecrire au cœur des livres

La vie d’Alexandra David-Neel est une suite de récits qu’elle consignera d’abord dans des carnets personnels, dans de nombreux échanges épistolaires, puis dans des publications pour des revues, des journaux et enfin des éditeurs. Mais c’est à Samten Dzong qu’elle écrira la plus grande partie de son œuvre. Durant les premières années, elle y rédige cinq ouvrages, dont Mystiques et Magiciens du Tibet, et organise son futur voyage en Chine où elle restera dix ans.

A son retour de Chine, Samten Dzong devient un îlot essentiellement consacré au travail où elle rédigera, jusqu’à sa mort, dix ouvrages publiés, dont le célèbre Les Enseignements Secrets des Bouddhistes Tibétains. Elle reprendra Le Bouddhisme du Bouddha, et écrira de nombreux autres ouvrages non édités de son vivant.

Les mutations successives (1970-2015)

Après la disparition de Yongden en 1955 et quelques mois d’errance dans des hôtels de la région, elle rencontre Marie-Madeleine Peyronnet en 1959, dès lors celle-ci l’assistera dans tous les aspects de sa vie. Après son décès en 1969, Marie-Madeleine Peyronnet continuera de vivre dans la villa selon la volonté de l’écrivain et en deviendra la gardienne.

Elle y recevra des visiteurs tout en organisant la publication d’une partie de la correspondance. Peu à peu s’organisera la vente d’ouvrages puis d’artisanat tibétain.
Cette villa qui n’était au départ pas conçue pour accueillir de nombreux amateurs et curieux, a été peu à peu modifiée : accès handicapés, dispositifs sonores, chauffages, climatisation, installation d’une boutique et de bureaux.

Marie-Madeleine Peyronnet crée une association, avec l’aide des élus de la ville, qui initie ensuite, dans les années 1980, la construction de deux bâtiments dans la partie haute du jardin abritant aujourd’hui le musée consacré à Alexandra.